Depuis maintenant deux mois mon
trajet quotidien entre ma maison et mon travail a été totalement bouleversé.
Il y a de cela encore un an je
remontais des grands boulevards à la Gare du Nord. Toujours à pieds. Je prenais
mon train train quotidien pour en descendre dans le Val d’Oise tout là bas très
loin à quinze minutes de Paris Nord. Et puis je marchais à nouveau près de
vingt minutes dans une banlieue pavillonnaire tristounette malgré les quelques
belles maisons en meulière que j’aime tant.
Durant dix mois, mon trajet s’est
limité à 30 secondes à pieds étant logé le temps des travaux dans la commune où
se situe mon travail. Bien qu’ayant une chance inouïe de trouver ce logement
j’ai très vite étouffé sans réelle rupture avec la vie professionnelle. En ce qui
me concerne il est très important de mettre quelques kilomètres entre moi et
mon travail le soir venu.
Donc depuis deux mois mon trajet
s’est considérablement allongé et je prends à nouveau du plaisir à marcher à
pieds dans les rues de ma ville au petit matin. Tout commence donc à 7h15 au
moment où nous fermons la porte de la maison. Je laisse Alexandre au bout de la rue. Il prend la direction
opposée à la mienne pour enfourcher son Vélib’. Moi je tourne à droite et
remonte une longue très longue rue qui me permet de gagner le centre ville de
Saint Ouen. Je traverse les puces qui connaissent une activité très différente
selon les jours. Le mardi c’est mort. C’est un peu le premier jour après
l’activité. Tout est fermé… Et puis petit à petit jusqu’au samedi, l’activité
reprend. Bien sûr à cette heure là il n’y a pas d’acheteurs en revanche les
puciers reprennent possession de lieux et amènent la marchandise qu’ils
mettront en vente le week-end.
Je croise le bus 85 toutes les 3
ou 4 minutes. Toujours bondé et embué à cette saison.
La boulangerie est ouverte et la
vendeuse met en place les viennoiseries.
Après c’est la roulette russe. Si
le marchand de journaux n’a pas eu une panne de réveil je lui prends Libé. De
toute façon manifestement il se lève à peine et sa boutique sent le café chaud.
Sinon je pousse jusqu’au buraliste de l’avenue Garibaldi.
Durant ce trajet je suis toujours
étonné (jusqu’à quand) du nombre de dépôts sauvages et autres ordures qui
jonchent les trottoirs. Ca ne me gêne pas. Les villes aseptisées, proprettes me
gonflent. On peut dire que de ce côté-là je suis pleinement comblé et ma ville
du 93 répond parfaitement à mes exigences.
Comme tous les matins je passe
également devant le laboratoire d’analyses médicales. Il y a toujours la queue. Comme à chaque
fois que je passe devant j’ai une appréhension et ressent une légère faiblesse
à l’idée de toutes ces personnes vont subir une prise de sang, qui me fait, en
ce qui me concerne toujours invariablement tourner de l’œil.
Après y’a la devanture du Monop’
où déjà les employés s’agitent pour tout remettre en ordre avant l’arrivée des
mamies prêtent à passer sous le rideau métallique pour être els premières
servies.
Dans ma ville il reste encore
quelques usines et notamment une très belle usine Peugeot. J’en longe toute une
partie en écoutant le bruit des machines d’emboutissage et en contemplant le
nombre impressionnant de PV sur les voitures (oui le stationnement payant c’est
tout nouveau das ma ville et apparemment certains automobilistes ont du mal à
s’y faire).
Je traverse des rues avec des
hôtels miteux, le long d’immeubles parfois lépreux. Et puis aussi devant le
lieu où deux personnes ont été abattues pour le contrôle du marché de la
drogue.
Oui parce que ma ville on dit
aussi que c’est un, si ce n’est le supermarché de la drogue.
Y’a les restos du Cœur le long
d’un boulevard bien triste. Il y a parfois la queue. D ’ailleurs je
passe devant un qui a brulé et où deux personnes sont mortes l’année dernière.
Et puis tout d’un coup j’y suis
presque, devant la gare de RER. Un autre monde, une autre ville : le
quartier d’affaires. Des immeubles de verre. Des sièges sociaux. Des hordes de
costumes cravates qui sortent de la gare et qui ne connaissent de ma ville que
ce petit bout aseptisé à deux pas de la cité Zola Arago.
Normalement si j’ai marché au bon
rythme je dois pouvoir prendre le train de 7h47. Sinon j’attends celui de 58 en
lisant mon journal.
Douze minutes de train. Encore
dix minutes de marche et j’y suis. Au boulot.
3 commentaires:
Vraiment fascinant. Merci d'un lecteur d'outre-mer qui a trouvé tout cela d'un exotisme et d'une simple beauté ravissants. Continuez svp.
Ah oui Philoo j'ai adoré lire ce billet et je t'ai accompagné tout du long. C'est fou comme les images étaient nettes. Super !
Merci ! J'aurais pu également rajouter un élément essentiel : le parapluie indispensable pour ne pas arriver trempé au boulot en ce moment.
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