mardi 20 décembre 2011

En chemin


Depuis maintenant deux mois mon trajet quotidien entre ma maison et mon travail a été totalement bouleversé.
Il y a de cela encore un an je remontais des grands boulevards à la Gare du Nord. Toujours à pieds. Je prenais mon train train quotidien pour en descendre dans le Val d’Oise tout là bas très loin à quinze minutes de Paris Nord. Et puis je marchais à nouveau près de vingt minutes dans une banlieue pavillonnaire tristounette malgré les quelques belles maisons en meulière que j’aime tant.

Durant dix mois, mon trajet s’est limité à 30 secondes à pieds étant logé le temps des travaux dans la commune où se situe mon travail. Bien qu’ayant une chance inouïe de trouver ce logement j’ai très vite étouffé sans réelle rupture avec la vie professionnelle. En ce qui me concerne il est très important de mettre quelques kilomètres entre moi et mon travail le soir venu.

Donc depuis deux mois mon trajet s’est considérablement allongé et je prends à nouveau du plaisir à marcher à pieds dans les rues de ma ville au petit matin. Tout commence donc à 7h15 au moment où nous fermons la porte de la maison. Je laisse Alexandre au bout de la rue. Il prend la direction opposée à la mienne pour enfourcher son Vélib’. Moi je tourne à droite et remonte une longue très longue rue qui me permet de gagner le centre ville de Saint Ouen. Je traverse les puces qui connaissent une activité très différente selon les jours. Le mardi c’est mort. C’est un peu le premier jour après l’activité. Tout est fermé… Et puis petit à petit jusqu’au samedi, l’activité reprend. Bien sûr à cette heure là il n’y a pas d’acheteurs en revanche les puciers reprennent possession de lieux et amènent la marchandise qu’ils mettront en vente le week-end.

Je croise le bus 85 toutes les 3 ou 4 minutes. Toujours bondé et embué à cette saison.

La boulangerie est ouverte et la vendeuse met en place les viennoiseries.

Après c’est la roulette russe. Si le marchand de journaux n’a pas eu une panne de réveil je lui prends Libé. De toute façon manifestement il se lève à peine et sa boutique sent le café chaud. Sinon je pousse jusqu’au buraliste de l’avenue Garibaldi.
Durant ce trajet je suis toujours étonné (jusqu’à quand) du nombre de dépôts sauvages et autres ordures qui jonchent les trottoirs. Ca ne me gêne pas. Les villes aseptisées, proprettes me gonflent. On peut dire que de ce côté-là je suis pleinement comblé et ma ville du 93 répond parfaitement à mes exigences.

Comme tous les matins je passe également devant le laboratoire d’analyses médicales. Il y a toujours la queue. Comme à chaque fois que je passe devant j’ai une appréhension et ressent une légère faiblesse à l’idée de toutes ces personnes vont subir une prise de sang, qui me fait, en ce qui me concerne toujours invariablement tourner de l’œil.

Après y’a la devanture du Monop’ où déjà les employés s’agitent pour tout remettre en ordre avant l’arrivée des mamies prêtent à passer sous le rideau métallique pour être els premières servies.

Dans ma ville il reste encore quelques usines et notamment une très belle usine Peugeot. J’en longe toute une partie en écoutant le bruit des machines d’emboutissage et en contemplant le nombre impressionnant de PV sur les voitures (oui le stationnement payant c’est tout nouveau das ma ville et apparemment certains automobilistes ont du mal à s’y faire).

Je traverse des rues avec des hôtels miteux, le long d’immeubles parfois lépreux. Et puis aussi devant le lieu où deux personnes ont été abattues pour le contrôle du marché de la drogue.

Oui parce que ma ville on dit aussi que c’est un, si ce n’est le supermarché de la drogue.

Y’a les restos du Cœur le long d’un boulevard bien triste. Il y a parfois la queue. D’ailleurs je passe devant un qui a brulé et où deux personnes sont mortes l’année dernière.

Et puis tout d’un coup j’y suis presque, devant la gare de RER. Un autre monde, une autre ville : le quartier d’affaires. Des immeubles de verre. Des sièges sociaux. Des hordes de costumes cravates qui sortent de la gare et qui ne connaissent de ma ville que ce petit bout aseptisé à deux pas de la cité Zola Arago.

Normalement si j’ai marché au bon rythme je dois pouvoir prendre le train de 7h47. Sinon j’attends celui de 58 en lisant mon journal.

Douze minutes de train. Encore dix minutes de marche et j’y suis. Au boulot.

3 commentaires:

Édouard a dit…

Vraiment fascinant. Merci d'un lecteur d'outre-mer qui a trouvé tout cela d'un exotisme et d'une simple beauté ravissants. Continuez svp.

Valérie de Haute Savoie a dit…

Ah oui Philoo j'ai adoré lire ce billet et je t'ai accompagné tout du long. C'est fou comme les images étaient nettes. Super !

Philoo a dit…

Merci ! J'aurais pu également rajouter un élément essentiel : le parapluie indispensable pour ne pas arriver trempé au boulot en ce moment.