mardi 23 avril 2019

Pâques au balcon


Un week-end qui commence par un long trajet en voiture. 25 kilomètres… en 135 minutes. L’absurdité absolue. Des kilomètres de conducteurs comme moi. Coincés sur le bitume. Seuls dans leur habitacle d’une tonne, bloqués. Tous connectés à Waze pour gagner 3 minutes. Waze qui s’affole et change de parcours toutes les 5 minutes dès qu’un quartier pavillonnaire autrefois calme se transforme en dégueuloir à autoroutes. Absurdité. Se dire que définitivement il faut éviter le centre-ville d’Aubervilliers. Ça coince.

Une bonne soirée se termine forcément à la crêperie. On a nos repères. Les lieux ont leur importance.
Chaque jour qui passe fait de Saint Ouen une ville qui n’est plus tout à fait Saint Ouen. A la crêperie, à la table derrière nous Aliénor la mère et Zéphyr et Balthazar les enfants (pour de vrai), le papa n’a pas de nom mais il a la trentaine bedonnante sous son t-shirt Zadig & Voltaire froissé comme il faut. Enfants qui font de la trottinette dans la salle et qui cassent la vaisselle. La mère a peine gêné d’être à la tête d’une horde de petits Attila, le père qui s’en fout royalement et qui sirote sa bière brassée dans le Vexin sans gluten, sans houblon mais avec des omega 3 dedans. Il s’agirait de ne pas brider l’inventivité de ces deux adorables bouts de chou. S’en vouloir de jeter des regards noirs (sans effet). Lutter pour ne pas devenir à 42 ans déjà un vieux con que l’on n’a jamais voulu être mais que l’on devient presque malgré soi. Moi aussi je veux être bienveillant. Souriant et détaché. Mais ceux que l’on a fui en passant du canal Saint Martin à Saint Ouen semblent eux aussi avoir franchi le périph’, cette barrière que l’on pensait naïvement infranchissable. Il va falloir s’y faire je ne bougerai plus. Les bobos me passeront sur le corps. Je resterai là. J’attends avec impatience que Stains soit aussi le nouveau Brooklyn et que ma ville ne soit plus « tendance » comme ils disent, que les restos redeviennent des restaurant du quartier et que les trottinettes trop chouettes aillent s’égayer du côté de Sarcelles devenue hypra hype.
Samedi footing sur les quais. Fendre la foule des badauds venus voir l’âme de la France partie en fumée. On en connait le prix. Plus d’un milliard. Les échafaudages porteront peut être le nom des généreux donateurs. Y’a pas de petits profits.
Samedi achat de livres. La moisson ne fut pas fructueuse Joanny et Houellebecq seront de la partie. Je vous dirai ce que j’en pense. Vous lirez ou pas.
Samedi récupération de mobilier pour enfants transitant entre Oléron, Saint Ouen et Paris. Raison pour laquelle j’ai pris la voiture vendredi. Pour trimballer le barda avec aisance. Retour dans l’enfer automobile. Porte de Clignancourt. Porte de Bagnolet. Un quart de tour. Un quart de Périph’. Vite la garer. Ne plus y toucher. Jusqu’à demain.
Samedi course. Pain traditionnel pas trop cuit. Deux brochettes et deux saucisses. La saison des barbecues est ouverte même si Météofrance semble vouloir la refermer dès demain. Passer à la cave. Un vin bio. Passer au primeur. Brocolis, bananes, pommes, champignons, patates, salade. Tout bio comme il faut. Repasser le Périph’ et se demander si on ne serait pas un peu aussi ce bobo que l’on ne veut pas voir. Ne pas répondre à la question. Trop compliqué. 
Soirée tranquille. Film un peu chiant. Livre excitant.
Dimanche à la campagne ou bien en fin de ville on ne sait plus. Reprendre la voiture du coup puisqu’elle est là. Retour dans les embouteillages. Un dimanche matin. Des lotissements. Un non lieu comme on dit. Mais des vies. Et puis une jolie maison. Un air de vacances. Des amis. Un brunch (saloperie de bobos encore) qui s’éternise. Une échappée dans la forêt. Des arbres, des fleurs, un sous-bois. Un air de vacances bien agréable, là juste là à Voisins le Bretonneux. Un bien bon moment. Rentrer en voiture, louper la sortie. Fallait mettre Waze. Prendre le chemin des écoliers. Clamart, Issy les Moulineaux et monter sur le Périph à Pont du Garigliano. Demi-tour. Saint Ouen.
Dimanche soir pizza. Retrouver le serveur que l’on croyait avoir démissionné. Mais qui se souvient encore des pizzas que nous prenons et du vin que nous buvons. On commande donc les yeux fermés. Magie du commerce de proximité.
Lundi matin. Un lundi qui ressemble à un dimanche. Porridge. Vieux restes d’Ecosse. Aspirateur. Fini les moutons. Caisse du chat. Foncer au cours de sport. Retrouver les badauds devant Notre Dame. Ça n’en finit donc pas. Rentrer à 15H00. Œufs au plat. Reprendre le ménage là où on l’avait laissé dans un coin des toilettes. Et puis jardiner un peu. Tenter de sauver ce qui peut l’être. Maitriser la jungle mais pas trop. Tout est sec. Depuis quand n’a-t-il pas vraiment plu. C’est peut-être nous qui sommes sur le barbecue. La saison a déjà commencé mais n’est pas prête de se terminer. Les mésanges sont prêtes à quitter le nid. Le chat est aux aguets. 
Finir par un verre. Une bière brassée comme il faut. Le long du canal (encore cette histoire de bobos qui ne nous quitte plus). Une amie. Qu’on n’avait pas vu depuis longtemps. Un vrai plaisir comme à chaque fois. Et comme à chaque fois se dire que l’on ne se voit pas assez. Prendre une bière là-haut mais juste là pas trop en bas. Et regarder plus bas les junkies se piquer. Comme si de rien n’était. Bière à 5 balles contre dose bon marché qui va gagner. Chacun son trip. Mais surtout ne pas se mélanger. Pourquoi faire. Un instant se rappeler Cyril Collard. Les nuits fauves c’était ici. Et finalement rien ne semble avoir trop changé. Les bars avec les lampions n’ont encore rien pu y faire. La marge est encore ici.
Rentrer vite. Se dire que Paris c’est tout de même formidable. Un film. Un bon cette fois ci. Un week-end merveilleux qui nous a presque fait sentir le goût des vacances.
Mardi, les mésanges ont quitté le nid.    


Jardin caché

Jardin ouvert

Canal renversé


2 commentaires:

Matoo a dit…

Nan mais ce week-end de bobo alors !!! :)

Philoo a dit…

Un peu oui c'est vrai ;-)